Séminaire du GRISQ – 14 novembre 2025 à 9h30 au J-4435
L’IA générative chez les jeunes journalistes : un tabou légitime ?
Catherine Lespérance et Vincent Pasquier (HEC)
Dans le cadre de ce séminaire, nous présenterons un projet de recherche mené à l’OBVIA (2024-2027) qui vise à mieux comprendre l’impact de l’IA générative sur la profession de journaliste. En effet, le journalisme est aujourd’hui confronté à l’essor rapide de l’IA générative. Construit au fil de luttes visant à préserver son autonomie, son indépendance éditoriale et ses normes éthiques (Compton & Benedetti, 2010), il voit désormais des outils comme ChatGPT, Gemini ou Perplexity transformer ses pratiques à un rythme inédit, suscitant espoirs et inquiétudes. À la fois levier de productivité et source de doutes – éthiques, juridiques et informationnels -, l’IA générative remet aussi en question ce que signifie être journaliste et ce qui fonde la légitimité de cette profession (Suchman, 1995).
Ce projet se structure en trois volets quantitatifs et qualitatifs, mobilisant des méthodologies complémentaires. Le premier volet repose sur un sondage mené auprès de 400 journalistes canadiens et internationaux, dans le but d’éclairer la diversité des usages et les tensions associées à cette transformation. Le deuxième volet, centré sur les jeunes journalistes, montre comment leurs usages s’accompagnent souvent d’un certain malaise. Ces usages, qu’ils jugent eux-mêmes périphériques au regard d’un idéal journalistique, mettent au jour des dynamiques de tabou propices à l’émergence d’une IA fantôme. Le troisième volet, à venir, portera sur les organisations syndicales et professionnelles. Il analysera leurs stratégies de positionnement et de négociation face à l’intégration de l’IA générative, dans un contexte où les frontières professionnelles du journalisme se redéfinissent.