9h30 : Visionnement du film Overgames de Lutz Dammbeck (2015)
14h – Élargir le cercle de la démocratie par les médias numériques
Martin Bonnard, École des médias, UQAM
Figure de l’avant-garde artistique californienne, Gene Youngblood est un personnage singulier. Son livre Expanded Cinema (2020 [1970]) devient le symbole des capacités émancipatrices qui seront par la suite prêtées aux médias numériques. L’ouvrage occupe une place centrale dans les discours techno-utopiques des années 2000, de la culture de la participation d’Henri Jenkins (2006), à la démocratisation des moyens d’expression audiovisuelle de Francesco Casetti (2015), en passant par le « Nouveau Monde de la distribution » de Peter Broderick (2008). À l’aide de l’enquête historique menée par Turner (2013) et de son argument autour du rôle de la contre-culture dans l’idéologie californienne, je retracerai les emprunts de Youngblood à la cybernétique (celle de Heinz von Foerster notamment), aux installations multimédias de Stan Vanderbeek, ainsi qu’à la pensée écologique du futur de Buckminster Fuller. Je tenterai ainsi d’éclairer quelques zones d’ombre du livre de Turner et de mettre en lumière le projet idéologique commun qui réunit ces différentes approches : utiliser les médias décentralisés pour faire émerger une nouvelle forme de sensibilité humaine. Ce dernier point permettra finalement de mettre en contraste ce projet avec les finalités des dispositifs sociotechniques de l’IA générative. Bien qu’ils partagent une même filiation cybernétique et un même creuset idéologique, ces systèmes rompent drastiquement avec le projet émancipateur qui était jusque-là associé aux technologies numériques de communication.
14h30 – Game over pour le design de la liberté
Katharina Niemeyer, École des médias, UQAM
Ce titre, un jeu de mots possiblement et intentionnellement maladroit, émane de la lecture du livre Design d’une démocratie de Fred Turner (2013, original et traduit de l’anglais vers le français en 2025) et du visionnement du film Overgames de Lutz Dammbeck (2015). Cette communication est une proposition qui se construit à partir des limites de l’ouvrage de Turner et inclut des interrogations sur le film de Dammbeck en renouant avec mes propres souvenirs et mon parcours : je suis d’origine allemande et j’ai étudié au Bauhaus. Au prisme d’une discussion du concept de liberté, omniprésent mais pas frontalement discuté par Turner dans sa théorie médiatique du « surrounding », je souhaite revenir sur le Bauhaus avec un autre regard, notamment en évoquant les travaux d’Anni Albers, et tracer un projet d’une théorie des médias qui dé- ou rejouera l’illusion de la liberté.
15h00 – Les aventures de la cybernétique : Du design de la démocratie au totalitarisme systémique
Maxime Ouellet, École des médias, UQAM
À partir d’une lecture croisée entre l’ouvrage de Fred Turner intitulé Design d’une démocratie et le documentaire Overgame de Lutz Dammbeck cette communication a pour intention d’interroger les contradictions qui sont constitutives de la modernité politique. Comme le montrent Turner et Dammbeck, à la suite de la crise de la modernité politique, dont la montée du phénomène totalitaire au XXe siècle fut le symptôme le plus marquant, un ensemble de mutations institutionnelles a conduit à la dissolution, plutôt qu’au dépassement, des contradictions structurelles des sociétés modernes. C’est avec l’émergence de la cybernétique que s’est manifestée le plus explicitement cette tentative de surmonter les apories qui ont mené à la Seconde Guerre mondiale. L’objectif de la cybernétique était de construire un « nouvel homme nouveau » démocratique qui s’opposerait à la « personnalité autoritaire » issue du nazisme grâce à la mise en place de dispositifs technologiques de rétroaction. Or, ce projet technocratique de « design de la démocratie » a participé à la transformation des sociétés modernes en systèmes de rétroaction de l’information qui ont court-circuité les formes politico-institutionnelles de régulation sociale. Nous verrons comment la cybernétique a, en ce sens, accompagné les transformations du capitalisme au sortir de la Seconde Guerre mondiale qui ont conduit à la montée d’une forme renouvelée de totalitarisme que le sociologue Michel Freitag nomme totalitarisme systémique.