6 novembre 2026 à 14h à l’UQAM (J-1060)
De la naissance de l’Art à l’IA générative en passant par l’industrie culturelle : une histoire de l’accaparement du “commun symbolique”
Christophe Magis (U. Paris 8)
L’envolée de l’Intelligence artificielle générative, depuis le début des années 2020, suscite de vives inquiétudes quant à l’avenir de la création culturelle. Plusieurs commentateurs, institutionnels comme universitaires, expriment ces craintes en s’appuyant sur la notion de “commun”, pointant qu’en moissonnant sans réciprocité un “commun” culturel ou numérique, les modèles le condamnent à s’appauvrir, jusqu’à l’effondrement. Mais généralement, en se focalisant souvent sur des enjeux éthiques ou juridiques, cette accusation envers l’IA générative, finit par se faire en défense de l’industrie culturelle, comme si cette dernière ne consistait pas historiquement en l’organisation d’une appropriation privative du matériau exploité aujourd’hui par les modèles. En posant la notion de “commun symbolique” pour réfléchir le réservoir de formes et significations socialement instituées où peut puiser toute création singulière, notre présentation entend décaler la focale et réinscrire l’IA générative comme l’industrie culturelle dans une histoire du déploiement du capitalisme dans la culture. On montrera d’ailleurs que cette histoire s’amorce en réalité dès la Renaissance, avec l’émergence de la catégorie d’Art, avant de se poursuivre dans l’industrie culturelle, pour trouver aujourd’hui, dans les modèles génératifs sa configuration technique la plus aboutie en regard du développement des forces productives. C’est toute cette histoire qu’il convient de mettre en perspective s’il s’agit de produire une critique adéquate de l’intelligence artificielle à son stade “génératif”.