Séminaire du GRISQ – 6 décembre 2024 à 14 h au J-4435
Critique du néo-matérialisme : de l’émerveillement du monde au fétichisme de la machine
Claude Leduc (UQAM)
Il s’agira de jeter un regard critique sur les fondements théoriques du néo-matérialisme en discutant des concepts mis en valeur par ses principaux auteurs, entre autres Jane Bennett, Karen Barad, et Manuel De Landa. Je défendrai la thèse selon laquelle le néo-matérialisme s’accorde parfaitement – tant au plan épistémologique qu’ontologique – avec les mutations s’opérant au sein du capitalisme tardif. À partir d’une posture dialectique cherchant à comprendre les catégories de la pensée contemporaine dans son rapport structurel à la pratique, nous verrons que l’indifférenciation du statut et des formes de la matérialité dans le réel aboutit à un rapport fétichisé au monde entier qui, sur le plan ontologique, réduit à l’arbitraire les différences entre le réel et l’imaginaire. Le néo-matérialisme ne peut ainsi que faire une description acritique du capitalisme avancé et du dispositif technique de ce dernier, comme nous pouvons bien le saisir lorsque ses concepts sont mobilisés à des fins d’ « émerveillement » avec les plus récentes technologies d’informations, en particulier l’intelligence artificielle.
Introduction au réalisme spéculatif à partir d’Intelligence and Spirit (2018) de Reza Negarestani
Fabien Richert (UQAM)
Dans la 2e partie de ce séminaire, je proposerai une introduction au réalisme spéculatif à partir de la pensée du philosophe iranien Reza Negarestani. Pour ce faire, je m’appuierai notamment sur son livre Intelligence and Spirit (2018) dans lequel Negarestani propose une théorie de l’intelligence inspirée par la philosophie de l’esprit de Hegel. Si cette théorie propose un point de vue original pour concevoir les enjeux relatifs à l’autonomisation de l’intelligence artificielle générale (AGI), elle n’en est pas moins questionnable sur le plan de la critique sociale. En essayant de se dégager des périls relatifs aux thèses nihilistes de l’accélérationnisme qui accompagnent le réalisme spéculatif, Negarestani n’en propose pas moins les contours d’une « rationalité inhumaine » largement problématique pour élaborer une critique de l’AGI et de ses conséquences dans le monde social.