Étude interdisciplinaire sur les médias socionumériques («médias sociaux») et la banalisation de la surveillance

Au cours des dernières années, l’usage des services de réseaux sociaux numériques (Facebook, Twitter et all.) s’est largement répandu, tout comme l’adoption des téléphones dits intelligents (iPhone et autres) et autres plates-formes d’accès mobiles (ordinateurs « eBook», tablettes du genre « iPad », etc.) offrant également un accès (mobile/en temps réel) à ces médias. Cette montée et la forte pénétration des technologies numériques interrogent à juste titre plusieurs aspects du vivre ensemble, plus particulièrement et plus directement quand ces technologies deviennent explicitement « sociales », comme l’atteste la popularité grandissante des médias dits « sociaux » (médias socionumériques) comme Facebook, Twitter, Web 2.0, etc.). Parallèlement, nous assistons depuis quelques années à l’émergence d’un nouveau champ d’études sociologiques, soit celui de la sociologie de la surveillance (Surveillance Studies). Le présent projet aborde la problématique de la surveillance et de la société de contrôle, plus spécifiquement la construction sociale de la surveillance et en quoi elle se rattache aux processus de (re)production sociale au sein des sociétés postmodernes, à travers l’analyse des médias socionumériques. L’originalité de ce projet est double : 1) apporter aux Surveillance Studies l’éclairage de l’étude des médias socionumériques et 2) aborder cette étude par le biais de regards interdisciplinaires (sociologie, politique et économie).

Si cette surveillance est banalisée, c’est-à-dire inscrite dans les liens sociaux eux-mêmes, c’est qu’elle revêt des formes « quotidiennes » : profilage marketing, auto-expression des individus par les médias socionumériques, intégration de services de géolocalisation dans les médias socionumériques, individus exprimant quotidiennement et publiquement des détails de leur vie privée, etc. Notre principale hypothèse, que nous entendons vérifier par cette recherche, est que la surveillance contemporaine fait désormais partie des processus de régulation (surveillance « banalisée »), c’est-à-dire qu’elle est également intégrée et portée par les sujets eux-mêmes dans leurs activités quotidiennes. En ce sens, elle trouve écho notamment dans l’ordre des pratiques économiques et des enjeux suscité sur le plan des politiques de réglementation médiatique. Ce projet visera à dresser justement un portrait global et unifié de ces nouveaux rapports, soit en analysant comment y participent les médias socionumériques sur les plans politique, économique et social.

Si la surveillance est désormais intégrée à même les liens sociaux intersubjectifs, c’est qu’elle est ainsi inscrite au coeur du quotidien. Comment la banalisation de la surveillance en vient à être reconduite par des pratiques quotidiennes qui font sens aux usagers des médias socionumériques ? L’intégration finale des dimensions économique, politique et sociale se fera sous un regard sociologique. Nous adopterons une démarche qualitative, plus précisément d’ordre de l’ethnométhodologie, afin d’analyser comment les conduites et pratiques au sein des médias socionumériques forment un tout et comment les liens intersubjectifs (re)produisent un monde significatif commun.

Chercheur principal

André Mondoux (UQAM)

Cochercheur

Marc Ménard (UQAM)

Financement

Développement Savoir CRSH 2012-2014